Il était une fois deux pêcheurs.
Il pêchaient tous les deux sur deux couloirs délimités de pêches leur appartenant respectivement.
Le premier pêcheur était un homme seul qui passait ses journées sur son petit bateau, qui avait une coque peu profonde et des petites rames pour avancer. Il pêchait avec sa simple canne à pêche en bois. On l’appellera ici le « petit pêcheur ».
L’autre pêcheur était un père de famille, il possédait un grand bateau qui lui permettait de ratisser le fond de l’océan et de ramener beaucoup de poissons. Cela faisait plaisir à sa femme et ses enfants qui se trouvaient toujours avec les objets derniers cris, la plus belle voiture, la plus belle maison, les plus beaux jouets. On appellera celui-ci le « gros pêcheur ».
Ces deux pêcheurs pêchaient aux mêmes horaires la journée, ils passaient tous deux leurs journées sur leur bateau dans leur couloirs respectifs, côte à côte.
Le gros pêcheur se moquait régulièrement du petit pêcheur en lui montrant sa supériorité en terme de rendement. Il lui faisait régulièrement éloge de ses talents de pêche et de sa grande capacité à racler l’océan à lui tout seul.
Le petit pêcheur ne lui en voulait pas et discutait tout de même avec le gros pêcheur de temps à autre lorsque les bateaux se croisaient, mais ce qu’il aimait par dessus tout c’était passer du temps sur l’océan et regarder les flots dans le calme.
Le petit pêcheur ne ramenait jamais de poisson, ce qui attisait également les moqueries de tout le village. Avec sa simple canne à pêche, tout le monde se disait qu’il ne parvenait pas à aller toucher les grandes profondeurs de l’océan, là où se logeait le poisson.
Les années passèrent ainsi, le petit pêcheur ne rapportait pas de poisson et le gros pêcheur ratissait tout son couloir et rapportait des proportions énormes.
L’un mangeait les modestes légumes de son petit jardin et l’autre profitait des meilleurs restaurants du village.
Vint un jour où le gros pêcheur à force d’avoir ratissé le fond de l’océan avec son grand filet, avait complètement détruit l’habitat des poissons, si bien qu’ils ne pouvaient plus y vivre.
Le gros pêcheur passait et repassait son filet, il accélérait son bateau, renforçait la maille, mais peu importe, le résultat était le même il ne rapportait que des pierres et du sable mouillé.
Alors vint une idée à notre gros pêcheur bien ambitieux.
Il alla voir le petit pêcheur et lui proposa un accord afin d’exploiter son couloir.
Le gros pêcheur se disait que le couloir du petit pêcheur devait être riche de poissons en tout genre, et que le petit pêcheur avec sa simple canne à pêche pourrait profiter de son gros bateau pour en tirer profit.
Il proposa alors au petit pêcheur de ratisser son couloir et de lui offrir en échange 50% de ce qu’il pêchait.
Ainsi, sans même travailler le petit pêcheur percevrait la moitié de ce que le gros pêcheur récolterait. Une offre alléchante d’autant plus que le gros pêcheur était le pêcheur qui rapportait le plus dans tout le village.
Chose que le petit pêcheur déclina gentiment.
Le gros pêcheur n’en revint pas. Il était étonné et un peu vexé qu’il eu l’audace de décliner son offre pourtant très généreuse.
Pendant plusieurs semaines alors le gros pêcheur ratissa son couloir et tombait uniquement sur des cailloux, il présentait encore et encore son offre au petit pêcheur quand il le croisait sur l’océan mais celui-ci refusait inlassablement.
La femme du gros pêcheur, après plusieurs semaines sans aucune rentrée de poisson et donc d’argent commençait à s’en prendre à son mari. Elle lui rappelait qu’il devait apporter du poisson pour subvenir aux « besoins » de sa famille.
Un soir, après que le gros pêcheur soit encore rentré bredouille, sa femme poussa le bouchon plus loin et traita son mari de bon à rien. Alors le mari, s’en alla et claqua la porte.
Il prit son bateau et se dirigea pendant la nuit sur le couloir du petit pêcheur pour le ratisser.
L’océan était agité et il pleuvait.
Le gros pêcheur enclencha son moteur, lança son grand filet dans l’eau et commença à pêcher.
Le filet à peine jeté à l’eau commença à se remplir de plus en plus, de plus en plus, et il devenait tellement lourd en si peu de temps que le gros pêcheur le coeur battant à la chamade, poussa des petits cris de jubilation avant de voir son butin.
Il tira le filet de toutes ses forces, il avait peine à le rapporter sur le bateau tellement il était lourd. Il tira, tira, tira et tomba en arrière pour le ramener à bord.
Alors quelle fut sa surprise en voyant que son filet était rempli de pierres. Il fut à la fois déçu et complètement décontenancé. Il n’y avait donc que des pierres dans ce couloir ? Pourquoi est-ce que le petit pêcheur pêchait dedans depuis tout ce temps s’il n’y avait que des pierres dans son couloir ?
Était-ce possible qu’il ne le sache pas ? Non, ce n’était pas possible car le filet s’était rempli tellement vite que cela voulait dire que la profondeur de l’océan à cet endroit était moindre et que le petit pêcheur avait donc bien aperçu qu’il n’y avait que des pierres dans son couloir.
Qui était donc cet homme ? Et que cherchait-il dans cet océan depuis tout ce temps ? Un trésor ?
Le gros pêcheur fut intrigué par un détail important. Ces pierres n’étaient pas de simples pierres mais des pierres recouvertes d’une mousse phosphorescentes qui brillaient dans la nuit. Néanmoins, cela n’avait aucune valeur marchande, alors le gros pêcheur décida d’en garder une et remit les autres à l’eau.
Quand il voulu repartir, il se rendit compte que la coque énorme de son bateau et la profondeur moindre de l’océan avait endommagées le moteur de son bateau et que l’océan agité avait projeté les roches sur son moteur.
Il parvint difficilement à démarrer et fila vers la berge.
Une fois arrivé et son bateau de nouveau garé dans son couloir, son moteur ne redémarrait plus, il avait totalement pris l’eau parce qu’il avait été fissuré par les roches.
Il rentra alors chez lui encore bredouille et alla se coucher dans sa grande maison en espérant un jour trouver une solution à sa misère.
Le lendemain il vint à la rencontre du petit pêcheur sur le quai, lui demandant pourquoi il pêchait depuis tout ce temps dans l’océan.
Le petit pêcheur lui répondit que depuis de nombreuses années il cherchait un trésor, et que pas plus tard qu’hier il l’avait trouvé.
Mais il dit au gros pêcheur que lui aussi pourrait trouver un trésor car il y en a de nombreux dans son couloir et notamment un pour lui personnellement.
Sur ces mots, il donna sa canne à pêche, les clés de son petit bateau et le droit de pêcher sur son couloir au gros pêcheur.
Le gros pêcheur étonné lui demanda pourquoi est-ce qu’il lui donnait son matériel et son couloir alors qu’il regorge de trésors.
Le petit pêcheur lui dit que celui qu’il a trouvé est tellement grand et tellement précieux qu’il subvient déjà à tout ce dont il a besoin jusqu’à la fin de ses jours.
Le petit pêcheur partit dans la direction opposé vers les montagnes et salua son vieil ami en lui souhaitant bonne chance dans sa nouvelle quête.
Le gros pêcheur était joyeux d’avoir trouvé un nouvel objectif, et était bien décidé à retrouver sa dignité et sa prospérité.
Il sauta dans le bateau du petit pêcheur et se mit à pêcher, à pêcher et à encore à pêcher toute la journée.
Tout comme le petit pêcheur, il ne ramenait rien, jours après jours, semaines après semaines, mois après mois, il revenait bredouille.
Mais il gardait en tête une chose. Le petit pêcheur avait passé des années sur l’océan avant de trouver son trésor.
Alors malgré les réserves d’argent, de nourriture qui se vidaient pour lui et pour sa famille, le gros pêcheur qui avait alors bien mincit continuait à garder son objectif en tête. Il continuait à pêcher chaque jour du lever du soleil jusqu’au crépuscule.
Les années s’écoulèrent, et le pêcheur qui n’était maintenant plus très gros, ne ramenait toujours rien. Il dû vendre sa maison, et ses précieux objets et retourner à une vie simple pour ne pas crouler sous les dettes.
Sa situation familiale n’était guère mieux, sa femme était maintenant vociférante et violente envers-lui et ses enfants lui manquait de respect.
Un soir, au bout du rouleau, après les remarques incessantes de sa famille, le pêcheur partit dehors s’isoler.
Le temps était calme, l’air était frais et la lune était pleine, apportant une grande clarté dans la nuit.
Le pêcheur monta alors sur son petit bateau et commença à ramer.
Il avança quelques dizaines de mètres et se mit à pêcher sur la vaste étendue d’eau calme et réfléchissant la lune.
Il agita sa canne à pêche et lança son appât à l’eau.
Il attendit quelques minutes puis il se pencha au dessus de l’eau pour remonter sa ligne.
Il vu alors le fond de l’eau resplendissant de lumière. Les roches phosphorescentes illuminaient le fond de l’océan et le recouvrait d’une étincelante beauté.
Le pêcheur se figea totalement et contempla ainsi le fond de l’eau pendant plusieurs minutes.
L’eau était alors parfaitement calme et le pêcheur alors vit le reflet de son visage dans l’eau.
Son visage se confondait avec l’océan, il était comme infusé par la lumière provenant du fond. Il se voyait lui-même rempli de lumière, faisant un avec le vaste océan.
Le reflet de la lune éclairait son visage et dansait autour de lui. Frappé par cette image le pêcheur ressenti alors une profonde paix et une joie ennoblissante.
Il avait trouvé le trésor.
Celui qu’il avait cherché pendant des années.
Il compris alors qu’il lui avait fallu passer de nombreuses heures sur l’eau pour qu’il se calme, qu’il réapprenne à patienter et à voir la beauté là où il cherchait le rendement.
Le trésor c’était lui, c’était sa véritable identité. Celle qui est un avec toute chose.
La vie avait fait en sorte qu’il s’arrache des griffes de la recherche incessante du « toujours plus », pour enfin voir qui il est.
Il resta plongé ainsi dans une béatitude totale, les yeux rivés sur l’océan, contemplant sa vastitude et en même temps son étroite proximité avec lui-même. Son extase ne fut coupée que par la lueur du jour au petit matin.
Il rentra alors tranquillement chez lui, encore bredouille mais pas totalement cette fois-ci. Avec sa canne à pêche et les clés de son bateau à la main, il rentra dans sa petite maison.
Il donne ses affaires à ses enfants et leur parla du trésor qu’il pouvait trouver eux-aussi dans l’océan. Il dit au revoir à sa femme et prit le pas vers les montagnes.
Jésus : « celui qui boira de l'eau que je lui donnerai n'aura jamais soif, et l'eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d'eau qui jaillira jusque dans la vie éternelle. »